lundi 1 mai 2017

DAHLIAS SUCRÉS


   Je me suis dit qu'un entre-deux-tours présidentiel serait le moment opportun pour changer. Le genre d'instant très solennel qui, personnellement, me donne envie de manger du pamplemousse, courir dans un champ de coquelicots, et partir loin, très loin, là où l'on ne capte plus BFM TV.

Le temps d'un week-end, je me suis donc réfugiée devant mon ordinateur, et à défaut de campagne, j'ai cueilli des fleurs virtuelles. Je suis restée fidèle au dahlia, fleur au bulbe d'été (tu es ravi de l'apprendre, n'est-ce pas ?), et dont le charisme n'est à mon sens plus à prouver. J'invite d'ailleurs celles et ceux qui ne seraient pas totalement convaincus à se rendre sur le site "Jardiner-Malin.fr" (référence ultime de ceux qu'on appelle communément "mains vertes", et dont je ne fais à l'évidence pas partie, puisque je n'ai pas de jardin), qui inscrit en introduction de sa fiche technique : "Le dahlia est une superbe fleur". Ça te la coupe, hein ? (pardon, je cherchais une boutade végétale, et je n'ai trouvé que ça...)

Comme tu l'as probablement déjà constaté (car je sais ton esprit vif et ton œil aiguisé), j'ai veillé à réunir plusieurs couleurs au sein de mon bouquet (un truc très à la mode à ce qu'il paraît, ou "askip", si tu es né en 2007). Inspirée par l'été à venir, j'ai retranscrit mes envies de fleurs et de fruits en cinq pantones sucrés, que tu pourras admirer plus bas. Pour le sublimer, j'ai relégué le rouge au second plan et laissé libre cours à mon obsession maladive des camaïeux et autres dégradés.
J'ignore sincèrement d'où me vient cette lubie. Je me souviens qu'à l'école déjà, je passais de longues minutes à classer mes crayons de couleurs dans un ordre bien précis. Sans cette étape préalable, il m'était impossible de commencer à dessiner... J'étais de ces enfants un peu lents, qui s'appliquent à tout embellir pour tenter d'étancher leur soif de perfection, et à qui l'on reproche de tracer des traits trop droits sous une écriture trop calligraphique. En somme, une artiste incomprise (c'est cela, oui).

Mais la grande nouveauté de l'année, c'est ce modeste "since 2008" que j'ai jugé utile d'ajouter sous mon nom de scène. Un peu comme ces commerçants résistants, qui inscrivent fièrement leur année de création sur leur enseigne, pour te rassurer quant à la qualité du boudin que tu t'apprêtes à acheter (je dis "boudin" parce que c'est drôle, un boudin, mais ça peut aussi être un camembert hein). Ma démarche est à peu près la même. Moi aussi, je défends mon boudin contre le blogging de masse. Celui qui fait de nous une société un peu à la masse, qui consomme de l'image, uniquement en surface. Qui m'aime me suive, les gars.


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J'espère que ce nouveau header te plaira. Sache que dans le cas contraire, je ne pourrais malheureusement rien y faire... (si les puissants de ce monde prenaient en compte l'avis des peuples, ça se saurait ;)




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Crédits photos : Pinterest

lundi 17 avril 2017

LES GLYCINES


   Je ne pensais pas revenir ici pour te parler de ça, de lui. Et puis, par hasard, je suis tombée sur ce concours un peu hors-normes, un peu sympa, organisé par Radio Nova (radio que je vénère depuis qu'elle a décidé de placer Édouard Baer à la tête de sa matinale).
La consigne du concours est simple et complexe à la fois : imaginer en 1999 mots (maximum) la dernière nuit de Prince. Je ne m'étais pas risquée à un tel exercice depuis les désormais mondialement célèbres aventures de Brenda et Bobby (souviens-toi). Alors, en attendant le verdict, j'ai choisi de partager avec toi ma nouvelle (et mon angoisse). Ça s'appelle Les Glycines, c'est frais et fantastique, un peu comme la Vache Qui Rit, oui...


LES GLYCINES


Il est des 21 avril que l’on n’oublie pas. Ce soir là, le crépuscule était d’une beauté rare. Une lueur parme flottait au dessus de la Terre, comme pour annoncer l’écriture d’une page nouvelle. L’histoire ne dit pas en quelle année, ni à quel siècle nous sommes. Elle précise simplement qu’un parfum d’éternité embaumait l’atmosphère, ce soir là.

C’était la fin de la journée. Une journée de plus passée à chercher, à explorer, à réinventer les sons. Seul, cloîtré dans sa prétentieuse demeure de Paisley Park, Prince ignorait les heures. Le temps glissait sur lui sans jamais l’éreinter. Et malgré les années, ses traits si fins, ses yeux si noirs demeuraient parfaitement intacts.
Prince errait de pièce en pièce à la recherche d’un éclat final, celui qui donnerait à sa dernière composition toute son âme. Il avait remis le choix du titre à plus tard, mais était persuadé de tenir là son prochain chef d’œuvre. Bien plus qu’une chanson, cette dernière performance était à l’image de ses plus belles créations. Une ballade sombre et magnifique, ponctuée d’excès dont lui seul avait le secret.
Pourtant, Prince n’était pas encore pleinement satisfait. Ses paroles le hantaient, et le mot “mystery” qu’il avait couché sur le papier quelques heures auparavant ne sonnait plus comme il l’avait imaginé. Celui-ci manquait de fantaisie, d’audace. Alors, Prince se mit à prononcer une série de mots, espérant trouver ainsi celui qui donnerait des ailes à sa mélodie. Il fit de nombreuses tentatives, mais aucune ne parvint à le séduire. “Enigma” était trop plat, “hysteria” trop commercial, “pizzeria” trop pragmatique, et “macronia” trop abstrait pour lui…

Depuis plusieurs heures, Prince déambulait sans réussir à atteindre sa destination. Le mot magique refusait de se dévoiler, tandis que tous les autres lui étaient apparus comme des évidences. Les minutes défilaient, et le bruit de ses talons sur le carrelage froid de Paisley Park continuait de briser un silence des plus pesants, quand soudain…
Soudain, quel est ce rayon éblouissant, signe d’un véritable pétage de plomb de l’auteur qui se croit tout à coup autorisée à citer Etienne Daho pour rythmer son récit ?
… quand soudain, donc, Prince aperçut au bout d’un interminable couloir une silhouette noire. Celle-ci se tenait droite, immobile, et la distance rendait le moindre détail totalement imperceptible. Plusieurs mètres de murs pourpres tapissés de posters séparaient Prince de cette étrange créature.
De qui s’agissait-il ? Un garde du corps ? Une fan hystérique qui aurait réussi à s’introduire dans Paisley Park ? Un déséquilibré venu dans l’unique but de récupérer un cheveu de l’ultra-star ? Était-ce un homme ou bien une femme ? Était-ce Kim Basinger, ou bien Batman ? Cette silhouette était-elle réelle, ou bien un pur fantasme ?

Prince voulut s’approcher de l’ombre, quand celle-ci se mit à réciter d’une voix légère ces paroles familières : “Come. Closer. Feel what U’ve been dyin 4”. Sans réfléchir, Prince obéit, et avança vers sa cible. Il découvrit alors une femme, dont les traits se dessinèrent au fil de ses pas. Prince devina d’abord une longue robe noire, laissant apparaître une peau lumineuse et dorée. Il vit ensuite un visage incroyablement fin, une bouche follement attirante, et deux yeux en amande maquillés de crayon noir. Désormais, Prince en était sûr, cette beauté insolente ne lui était pas inconnue. Mais il ne parvenait pas à mettre un nom sur ce visage fatalement parlant.
Sur un ton à la fois inquiétant et rassurant (d’aucuns diront un ton macronisant”), la femme reprit “Don’t be afraid baby. Touch it, and explode”. Prince était bouleversé par le charme de son amnésie. La sensation de connaître cette femme, de partager sa vie, sa chair sans être capable de la nommer, le décontenançait comme jamais. Aveuglément, il l’aimait. Il passa alors une main fébrile dans ses cheveux ténébreux, et dévoila le grain de beauté qu’il pressentait sur sa joue gauche. Ce détail était la clé. Pourtant, Prince restait désarmé, incapable de s’adresser à celle qui se tenait devant lui, effroyablement calme et accessible, comme un reflet dans un miroir.
Une nouvelle fois, celle-ci le devança et lui dit “Understand, understand that I love U. But more than that, I want U”. Les yeux saturés de larmes, Prince contemplait ces mots qui étaient les siens, quand la femme lui tendit un flacon dont le contenu violet rendait illisible les quelques lettres inscrites sur le verre. Sans même chercher à comprendre, Prince le saisit, et but le liquide. Il regarda le flacon vide, et prononça le mot ultime, celui qu’il n’espérait plus, et qui ne serait jamais rendu public : “wisteria” (en Français : “glycines”).
Il sourit alors à la créature, lui souffla de sa voix grave un timide “Thank U”, et courut vers l’un de ses studios d’enregistrement, le flacon serré contre son cœur.

Il était minuit quand la neige se mit à tomber. La silhouette avait disparu. Prince lui, n’a vraisemblablement jamais atteint le studio. On retrouvera, quelques heures plus tard, un papier entièrement noirci du mot “mystery” raturé, et dans un ascenseur menant au studio d’enregistrement, des centaines de pétales violets.

Depuis ce jour, chaque année, les rues, les jardins, les parcs se parent de chapelets violets, qui se répandent entre ciel et terre comme une “purple rain”. Depuis ce jour, les mois d’avril voient pleurer les glycines et leurs fleurs améthystes, follement élégantes, scandaleusement toxiques...


Les meilleures nouvelles seront lues mercredi soir sur Nova, lors d'une émission hommage. On se keep in touch.




dimanche 12 mars 2017

LA JEUNESSE ÉGARÉE


   Cher public, l'heure est grave. J'ai découvert récemment que je n'avais plus vingt ans, le constat est un peu amer, voire carrément désobligeant.

Que les choses soient claires, je n'ai jamais été une reine de la débauche (une "queen of the ribouldingue", comme disent les anglophones), et mes sept années d'études ont été plus que studieuses. Pourtant, le week-end dernier, entraînée par un élan d'enthousiasme post-"je viens d'apprendre que ma boîte me propose le premier CDI de ma vie" (!!!), j'ai accepté l'invitation d'une amie à sa pendaison de crémaillère.
J'y ai retrouvé une génération que j'avais plus ou moins quittée il y a quelques années. Je ne l'ai pas reconnue tout de suite, elle semblait s'être assagie (ou plutôt réconciliée avec son indécente alcoolémie). Avec elle, j'ai parlé boulot, boulot, et aussi boulot, car malgré nos passions diverses pour les chanteurs morts, la pêche au gros ou encore l'eau minérale en bouteille de 30cl, il faut avouer que c'est assez compliqué de parler d'autre chose.  J'ai dansé sur des musiques très actuelles : Céline Dion, Earth Wind & Fire, et autre George Michael. Je suis partie à 1h30, sous les huées de l'assistance. J'ai mis à peu près 4h pour m'endormir, trop occupée à faire le deuil de mon défunt rythme.
Le lendemain, malgré les deux malheureux cocktails ingurgités la veille, je me suis demandée s'il n'y avait pas eu un malentendu, si par hasard on ne m'avait pendue à la place de la crémaillère... Avec 24h de retard (vieillesse oblige), la fièvre du samedi soir s'est emparée de mon corps dans la nuit de dimanche à lundi. Depuis, je raconte à tout le monde que je prépare un numéro de cracheur de feu (alors qu'en vérité, je crache juste mes poumons), je vais au travail en espérant que personne ne voit la barre de métal qui transperce mon crâne, et je me shoote au pin sylvestre pour tenter de retrouver un semblant de dignité.
En bref, je crois que la vie cherche à me faire passer un message assez clair : "Arrête d'être jeune, Bobby, c'est plus de ton âge" (oui, la vie m'appelle souvent Bobby).

Ce week-end, je me suis donc contentée de regarder les défilés de la saison prochaine. J'ai sélectionné les plus belles silhouettes, que j'ai ensuite classées par couleur. J'ai longuement hésité, je voulais un classement plus ambitieux, plus conceptuel, plus JEUNE, osons le terme. Mais quatorze quintes de toux plus tard, je me suis dit qu'il serait plus raisonnable de ne pas tenter le diable...

Zuhair Murad / Elie Saab / Redemption
Lemaire / Temperley London / Sies Marjan

Loewe / Paco Rabanne / Atlein
Saint Laurent / Max Mara / Emilia Wickstead

Chanel / Giambattista Valli / Ann Demeulemeester
Fendi / Luisa Beccaria / Toga

3.1 Philip Lim / Alexis Mabille / Alexis Mabille
Mugler / Haider Ackermann / Balenciaga

Brandon Maxwell / Akris / Zimmermann
Yohji Yamamoto / Haider Ackermann / Stella Jean

Vionnet / Alexis Mabille / Alexis Mabille
Bottega Veneta / Valentino / Rosie Assoulin

For Restless Sleepers / Sachin & Babi / Givenchy
Paul & Joe / Fendi / Redemption

Comme toujours, ma sélection est à retrouver dans son intégralité sur Pinterest : ici.